EN AVANT POUR DES SOLUTIONS

Publié le par les perdigones

Une réalisatrice et deux philosophes. Rien ne les réunit, sauf qu’elles  signent toutes trois, ce fameux « esprit de l’époque » dont parlait Hegel à l’orée de la Révolution de 1789. Où l’on voit qu’il est question d’alternatives de vie avec le film de Coline Serreau, de « sortir de la domestication des esprits » pour Isabelle Stengers et de « courage » pour Cinthia Fleury.

 

Un film et deux essais ne font pas le printemps. Pourtant avec d’autres événements, créations, elles annoncent autre chose que le laisser faire, le repli et la gabegie.

 

 

COLINE SERREAU A NICE ET SUR LES ECRANS

 

C’est à Nice, pas tout à fait symbole de la défense des terres fertiles et de l’agriculture de proximité que la réalisatrice Coline Serreau (lien) présente son dernier documentaire « Solutions locales, pour désordre global » ce jeudi 15 Avril.

 

Depuis sa sortie le 7 Avril, un véritable mouvement s’est créé autour de ce film. Preuve s’il en est qu’il se passe quelque chose du côté de la défense des terres fertiles, de la nourriture, de la réappropriation des semences.

Pour savoir si le film passe près de chez vous …lien pour voir les lieux de-projections...

 

 

RE-LOCALISER

 

Un film réalisé en partenariat avec les Colibris, au diagnostic sans appel «  partout dans le monde du petit paysan indien, au mouvement sans terre du Brésil, au cultivateur du Maroc, on arrive au même constat, il faut relocaliser l’économie et aller vers l’autonomie ».

 

 

 

Ce travail ne se situe pas dans la veine des films catastrophes. Il montre des expériences positives. « Les films d'alertes et catastrophistes ont été tournés, ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu'il existe des solutions, faire entendre les réflexions des paysans, des philosophes et économistes qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s'est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives" explique Coline Serreau.

 

 

 

 

 

ISABELLE STENGERS : "FABRIQUER UN MIEUX"

 

          L’ouvrage d’ Isabelle Stengers (lien) et ( lien) « La sorcellerie capitaliste, pratique de désenvoutement » se situe dans la filiation Guatarienne de l’Ecosophie (lien).

 

Avec l’Ecosophie et Félix Guattari on assiste à un renversement de la conception anthropocentrique. L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout.

 

Dans la « sorcellerie capitaliste, pratique de désenvoutement », Isabelle Stengers remplace le concept « d’aliénation » chez Marx par celui d’envoûtement ou de système sorcier. Ainsi explique t-elle « l’emprise sur les esprits », alors même qu’il n’y a plus « cette emprise terrible de la croyance au progrès ».


La différence entre l’aliénation et le système sorcier est importante. « Dans l’aliénation, les gens ne comprennent pas, ils pensent par exemple qu’il y a une justice dans le contrat de travail. Le système sorcier pose la question de la capture d’ âme. Les forces d’une personne ne sont pas tuées, mais capturés au service de quelque chose qui est la cause de celui qui les capture ».

 

 

 

 

Un peu à la manière de Normand Baillargeon dans son " Petit cours d'autodéfense intellectuelle " , elle repère les discours sorciers du genre « il n’y a pas moyen de faire autrement » « il faut bien » etc.

Évidemment, elle s’amuse aussi des limites de la dénonciation comme perspective « dénoncer quelque chose n’engage en rien », « ce qui reste quand tout a été ravagé, c’est la dénonciation, parce qu’elle fabrique quelque chose qui devrait être bon, mais il n’y a aucune raison… ».

          Et là encore comme les alternatives filmées par Coline Serreau, comme les gestes proposés par les Colibris, c’est le faire qui est mis en valeur. (lien "des acteurs près de chez vous "). « On a le devoir, si on en a les moyens, de fabriquer un mieux, mais pas d’attendre un mieux »

 

 

"LA FIN DU COURAGE" DE CYNTHIA FLEURY

 

Mais pour faire, pour agir, il faut du courage. Et c’est cette notion qu’analyse Cynthia Fleury dans son dernier ouvrage, « La fin du courage », publié chez Fayard.

 

 

Une vertu démocratique en perte de vitesse dans cette période où la « matrice collective dysfonctionne », dans cette période de « vague des suicides dans les entreprises ».

Cette «chute de vitalité », ce «découragement de soi »  est analysé sans jugement. Et c’est « un désastre collectif qui est annoncé, si rien ne jaillissait en chacun de nous » voir la belle présentation critique de l’ouvrage par la librairie lyonnaise coquillettes (lien).


          Le courage n’est pas chose aisé. Il  implique « le risque de perdre», « un face à face avec la  peur ».  Cynthia Fleury propose « une éthique du courage collectif et individuel sur quoi repose une société ». « Le courage fait sujet » c’est une façon de se « réapproprier sa mort ». Son vrai adversaire ? « La mélancolie ».

 

Cet ouvrage fait parti des bourgeons du printemps.

Ce petit parcours intellectuel vivifie la période.

Comme il y a beaucoup d’autres on reviendra vous proposer un petit tour ….

Publié dans société

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