L’ORTE (LEVENS 06) PETITE HISTOIRE, GRANDS ENSEIGNEMENTS

Publié le par les perdigones

 

       Au regard de ce qui se passe dans le monde, les questions que nous soulevons peuvent paraître minimes, dérisoires. Et pourtant cette histoire n’est pas étrangère de la grande.

       A un moment où l’indignation devient un best seller et le pessimisme un sport national, il est intéressant de tirer quelques enseignements.

       Ou comment lire et lier le local et le global et parler plus que de nous… de l’époque.

   

Instructif. Instructif et significatif de l’époque ; tels sont les enseignements que nous tirons de la petite histoire (L’Orte à Levens 06) qui nous occupe depuis bientôt trois ans.

On y a vu tour à tour des gens formidables, des élus comme nous tous : certains autistes, d’autres soucieux de l’intérêt général. On y a vu surtout la nécessité que chacun prenne en charge les questions qui l’indignent. Cela ne produit pas rien et nos actions ont eu des résultats. Et puis pour plagier le philosophe Bergson « l’avenir, n’est pas seulement ce qui va arriver, c’est ce que nous allons en faire ».

Les résultats que nous revendiquons sont de divers ordres. Pêle-mêle on peut citer, un début de prise en compte sérieuse de la question de l’eau sur ce lieu, la mise dans le débat public de la nécessité de protéger les terres fertiles, de la nécessité de la relocalisation d’activités agricoles…

 

QUELQUES RÉSULTATS DE NOTRE ACTION 

 

La première leçon que nous tirons est entièrement contenue dans cette phrase de Bertolt Brecht : 

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.» 

 

Ce vocabulaire guerrier n’est pas le nôtre, et actuellement on n’a ni perdu, ni gagné.

Sur ces terres de l’Orte où il était prévu de bétonner d’énormes surfaces, on a juste fait prendre en compte un peu plus la question de l’eau.

Chacun peut faire sa part, comme dit Pierre Rabhi, en demandant le retour de ces terres à l’agriculture. (pétition en ligne).

 

La question de l’eau est exemplaire à plus d’un titre. 

Les lieux où l’on veut construire sur des zones inondables sont légions. À Nîmes par exemple où pourtant il y eut de terribles inondations le 3 octobre 1988, et où nos amis de l’association ASIST font un beau travail d’information.

L’exemple vient de haut. Le 20 avril 2009, à la Cité de l'architecture et du patrimoine, dans un discours sur le Grand Paris, Nicolas Sarkozy expliquait qu'en matière d'urbanisme, « le problème c'est la réglementation ». Et d'ajouter: « il faut rendre constructible les zones inondables ». (voir article journal "l'Expansion ")

 

Entre temps quelques catastrophes dont Xynthia ont modifié le propos.

Et aujourd’hui il faut bien que chacun sache que l’augmentation des tarifs d’assurances, c’est la part qu’il paye à cette stupidité. Construire en zone inondable et puis mutualiser les frais des dégâts des catastrophes. On ne le dira jamais assez, il n’y pas de catastrophe seulement naturelle.

Ce ne sont pas seulement quelques élus, quelques constructeurs, qui sont responsables et coupables, c’est le système qui est mauvais.

Une proposition: il faut retirer les permis de construire des maires et les remettre dans les mains d’autorités indépendantes.

 

Deuxième enseignement :

 A l’heure de la mondialisation, tout est dans tout et l’on apprend beaucoup à s’intéresser à ce qui se passe tout près de soi.

« Si tu veux parler de l’universel parle de ton village »

Lorsque nous avons choisi cette citation de Léon Tolstoï en exergue de ce blog, nous savions que nous ne parlerions pas seulement de ce qui se passe à proximité. Nous savions aussi que ce qui se passait à proximité se passait aussi ailleurs.

 Mieux, en décortiquant ce qui se passe près de chez soi, on retombe sur des questions d’ordre général. La différence, c’est qu’en choisissant un terrain qu’on connaît, on se dote de nombreux atouts.

Nous tirons de cela l’enseignement que si chacun s’occupait de ce qu’il connaît le mieux, il ne serait pas possible de berner aussi facilement les gens.

Prenons la question de l’écoute. L’écoute de l’autre, des gens, des associations. Que de difficultés pourraient se résorber en fonctionnant ainsi. Écouter ce que l’autre dit, le confronter.

 

En ce qui nous concerne certains nous ont entendu, d’autres pas.

Les services des risques de l’Etat ont pris en considération les problèmes liés à l’eau.

À la Communauté Urbaine Nice Côte d’Azur, alors que personne ne connaissait ce dossier, on ne nous a pas du tout écouté.

Et que dire du premier magistrat de Levens qui a expliqué qu’il n’y avait pas d’eau à l’Orte !

Quel contraste avec André Aschieri vice-président de la région PACA qui, faisant le déplacement sur les lieux, constate qu’il y a problème à bétonner là et que ces terres, de toute évidence, devraient conserver leur vocation première: l'agriculture.

On n’a jamais cédé sur cette question parce qu’on sait d’expérience qu’on a raison. Mieux, on rend service à la collectivité en faisant un travail de veille.

À ce stade nous faisons une proposition. Que le rapport de l’expert hydrogéologue nous soit communiqué ainsi qu’à toutes les parties.

 

Troisième enseignement :

 Manipulation et conditionnement de l’opinion

 

Nous avons vu grandeur nature comment on manipule les  populations. Il y a un certain nombre de méthodes qui reviennent toujours. 

  • La première consiste à expliquer aux gens qu’ils ne peuvent rien faire, que les décisions sont prises et qu’elles sont en quelque sorte «sacrées ». Cela est souvent vrai, mais pas toujours. 
  • La seconde c’est de ne pas donner tous les éléments d’un problème, et si possible dans le même temps accabler ceux qui ne sont pas d’accord. 

         Toute personne sensée devrait exiger les versions des uns et des autres pour se faire une opinion. C’est d’ailleurs ce qu’on enseignait dans les écoles de journalisme : donner les versions différentes.  Constatons que cette démarche déontologique n’est malheureusement plus la règle dans la plupart des médias.

 

 

           Oui nous faisons notre, la pensée complexe comme antidote à la pensée unique, et renvoyons aux travaux d'Edgar Morin.

 

Un autre type de manipulation consiste à ne jamais mettre en discussion les choix. Ainsi l’exemple des locaux des deux gendarmeries abandonnées à Levens (voir notre billet)  

   

Et puis il y a la peur instillée habilement.

On peut  aussi ranger dans cette catégorie  l’aveuglement volontaire des individus, souvent par confort psychologique.

 

Des études ont montré que l’information ne suffit pas. Par exemple les grandes questions qui touchent à la crise écologique ne trouvent pas d’écho à la hauteur des enjeux.

On vous recommande  le dernier numéro de la revue "l'Ecologiste"  qui livre un dossier très fourni sur cette question du déni.

En règle générale cette question de l’information est souvent en rapport avec le pouvoir. Avec ceux qui l’exercent comme avec ceux qui veulent le conquérir.

Méfiez vous de tous ceux qui cachent, ne donnent pas à comprendre, n’informent pas. C’est toujours ou pour faire des mauvais coups, ou pour accroître leur pouvoir.

 

 

INDIGNATION ET PESSIMISME DES FRANÇAIS…

 

L’esprit de l’époque comme dirait le philosophe Hegel n’est pas à la joie.

Et pour une fois l’opinion publique et les grands intellectuels sont sur la même longueur d’onde.

Ainsi Edgar Morin tout récemment dans un article du journal Le Monde : (" edgar-morin-les-nuits-sont-enceintes")_

« La marche vers les désastres va s'accentuer dans la décennie qui vient.

A l'aveuglement de l'homo sapiens, dont la rationalité manque de complexité, se joint l'aveuglement de l'homo demens possédé par ses fureurs et ses haines. »

 

Ainsi le sociologue Alain Tourraine que l’on peut voir et entendre dans une conférence récente à Normale Sup.

 

 

Il reprend à peu près le même propos dans Télérama de cette semaine.

Quelques phrases tirées de ce propos dense :

  • « La finance coule l’occident ! Si vous ne produisez pas et que vous vous endettez ça ne dure pas éternellement. On assiste à la fin de la domination occidentale qui aura duré deux cent cinquante ans. »
  • « La crise économique va aggraver la crise sociale. On va assister à des mouvements qui sont le contraire des mouvements sociaux, des mouvements de repli, violents. »
  • « Que peut on construire pour résister à ce tsunami financier ? Sur quelles forces sociales peut on compter ? J’en vois deux : tout d’abord ce phénomène extraordinaire de l’écologie. Nous avons vécu avec l’idée des philosophes Descartes et Bacon qu’il fallait dominer la nature. Maintenant nous disent les écologistes, il faut gérer les rapports entre nature et culture, et donc imposer des limites à l’économie. Ces limites ne sont pas sociales, elles sont vitales. »

 

Un autre modèle est à inventer qui ne repose pas sur la finance, ne sacrifie pas la planète et sa biodiversité, qui recrée comme dit Tourraine « de l’esprit démocratique » ...

 

En attendant ce sont les jeunesses de nombreux pays qui sont sacrifiées.

Louis Chauvel professeur à Science Po, qui a écrit "Le Destin des générations : structure sociale et cohortes en France du XXe siècle aux années 2010" (PUF, 2010) fait un constat sans appel « trente-cinq ans après l'extension du chômage de masse, la jeunesse a servi de variable d'ajustement. Chômage record, baisse des salaires et des niveaux de vie, précarisation, développement de poches de travail quasi gratuit (stages, piges, free-lance, exonération de charges, etc.), nouvelle pauvreté de la jeunesse, état de santé problématique et faible recours aux soins, absence d'horizon lisible. »

Il faut lire cet article dans lequel il avance l’idée « d’une meilleure taxation des résidences secondaires » (lemonde.fr:"les-jeunes-sont-mal-partis")

 

Alors les Français pessimistes ou réalistes ?

Commentant à peine la première enquête de l’année, les médias ont asséné une vérité « les français sont champions du monde du pessimisme ». (année noire:les français très pessimistes pour 2011). De l’étude d’opinion de 53 pays, les français sont en effet ceux qui pensent le plus que la situation économique de leur pays ne va pas s’améliorer.

Cette opinion négative à l’égard de la situation fait preuve d’un certain réalisme, d’une dose de fatalité et aussi de « la fin de la domination occidentale » (lire l'étude - fichier pdf)

 

 

FACE AUX BANQUES LA LEÇON DES ISLANDAIS

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Alors quoi ? Faut il s’enfermer dans son coin ? Laisser décider les décideurs qui nous conduisent dans le mur ?

« En 2011, quatre records devraient être battus : les profits des banques ainsi que les bonus distribués dans la finance mondiale ; le taux de chômage, mais aussi de pauvreté dans les pays occidentaux. » écrit Vincent Rémy (Télérama 3182)  à propos de l’interview d’Alain Tourraine qui en appelle à « un sursaut des consciences individuelles »

 

C’est ce qu’ont fait les Islandais. Plongés en pleine crise, brutale, ils ne se sont pas laissés plumer. On ne vous explique pas à longueur de médias cette aventure moderne qui est pourtant remarquable.

Nous avons trouvé avec peine l’information et nous citons ceux qui la divulguent.

 

Ainsi le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde écrit :

  • « Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet. »
  • « Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre. »

( l'article au complet sur cadtm.org)

 

Et puis voir cet  article du Figaro de février 2009 ("l'Islande, ébranlée par la révolution des casseroles")

 

Et le papier du Monde Diplomatique qui rend compte du refus à 93% des islandais d’apurer la faillite de la banque Icesave. ( Le modèle islandais)

 

Tous ceux qui ont vécu en Islande savent l’importance de la nature dans la vie. Ici la glace et le feu se fréquentent, la terre s’entrebaille, s’ouvre. Ce peuple a compris qu’on ne pouvait pas faire n’importe quoi avec la nature.

Il a acquis une certaine sagesse et ouvre peut être une nouvelle voie…

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN DU TERROIR 14/01/2011 17:05



C'est la preuve que, surtout avec la crise des finances publiques qui se profile, il faut apprendre à compter de plus en plus sur les "solidarités naturelles" et les "corps intermédiaires" que
sur les services de l'Etat et autres collectivités publiques..


Mais cela implique un certain sentiment d'"appartenance", la défense d'une identité bien comprise qui fait un peu défaut aussi bien dans la partie nissarde que dans la partie provençale du
département en raison de la spéculation immobilière, du tourisme de luxe comme de masse, de l'afflux des retraités comme de l'immigration dans certains secteurs!


Il faut revaloriser le "sentiment d'appartenance" ce qui peut passer par le secteur associatif (les AMAP par exemple sont un bon concept)