Le boum du bio : Agro business ou agro écologie ?

Publié le par les perdigones

Le bio attire, se développe. D’un côté l’agriculture locale, paysanne qui a un problème avec le coût du foncier, de l’autre les groupes agro- alimentaires qui font de l’agriculture bio "intensive" loin des principes fondateurs. L’arbitre ?  le citoyen qui peut faire un peu plus que consommer.   
Deux réflexions de Pierre Rabhi
  • « Je veux dire aux gens : vous pouvez manger bio, recycler votre eau, trier vos déchets, vous chauffer à l’énergie solaire ... et exploiter votre prochain: ça n’est pas incompatible ! »
  • « Devient le changement que tu souhaiterais voir en ce monde »...
Le bio est en plein boum. Tous les indicateurs confirment cette tendance « depuis 1999, le marché alimentaire des produits bio progresse de 10% par an ». (chiffres agence Bio/Baromètre CSA 2009 )
 
PACA, première région bio de France
      Consommation en hausse, production aussi. Et Provence Alpes Côtes d’Azur se comporte plutôt bien . C’est en effet la première région bio de France. Quelques données : 9% de la Surface Agricole Utile, l’un des plus fort taux de croissance des surfaces en bio (12%), une progression constante du nombre de fermes bio certifiées (1520), bref une belle dynamique .
      Voir tous les chiffres du bio sur la Région, là, sur le site bio-provence.
      Pour les Alpes Maritimes «  144 exploitations agricoles sont engagées en agriculture biologique (+40% par rapport à 2009), 15% des producteurs à titre principal du département travaillent en bio , près de 4500 ha en bio soit prés de 9% de la surface agricole utile » (chiffres de 2010 Agribio 06).
      Un bémol pour ce département: malgré les efforts des agriculteurs, les surfaces bio et le nombre de ferme sont de loin les plus faibles de toute la région.
      La cause de cela ? Le problème numéro un: la rareté et la cherté du foncier.
 
Le bio en réaction à l’agriculture chimique productiviste
      Mais au fait le bio c’est quoi ?
     « L’agriculture biologique est un système de production agricole basé sur le respect du vivant et des cycles naturels, qui gère de façon globale la production en favorisant l'agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques. ». Voilà la définition qu’en donne Wikipedia 
      Et l ‘encyclopédie de poursuivre
      « Pour atteindre ces objectifs, les agriculteurs biologiques doivent respecter des cahiers des charges et des règlements qui excluent notamment l'usage d’engrais chimiques de synthèse et de pesticides de synthèse, ainsi que d'organismes génétiquement modifiés »
      Le mouvement est né en France dans les années soixante (certains le font remonter aux années 20 en Autriche) par un réseau de paysans, de consommateurs, d’agronomes, de médecins. En réaction à l’agriculture chimique intensive qui ne respecte ni la terre, ni les hommes ni les plantes, ils se donnent quelques principes:
  • relocalisation,
  • agriculture paysanne,
  • traitements naturels,
  • droits à la terre,
  • préservation de la bio diversité etc. 
     Bien que marginale cette agriculture a diffusé plus que des légumes, une réflexion sur la production alimentaire.
     Des idées qui se retrouvent dans de nombreux ouvrages et des revues,
  • comme le journal "Le Sauvage"  (paru de 1973 à 1980 et sur internet aujourd'hui)
et bien d'autres, comme à Nice par exemple,
Depuis 2009 des normes moins contraignantes
     Revenons sur la belle définition de Wikipedia.
     Pas mal pour les adeptes de la vie naturelle et saine. Sauf qu’elle s'est pervertie.
     Enfin ce qui était vrai à l’origine ne l’est plus aujourd’hui dans tous les cas.
    Ainsi, malgré le refus du parlement européen, la commission européenne a réussi à faire rentrer les OGM dans le bio. Cela date de janvier 2009.  Et c’est très officiellement que jusqu’à 0,9% d’OGM (Organisme Génétiquement Modifié ) est toléré dans le bio.
     Et il y a d’autres dérives. Dans une interview à l’express " bio: la règlementation europeenne est laxiste" , Anne Laure Gaffuri, déléguée exécutive de l’association bio consom’acteurs déclare « la réglementation européenne est laxiste » et elle relève parmi les reculs la «  mixité des produits bio/non bio au cœur d’un même établissement. De même l’alimentation des animaux avec les produits de la ferme dont ils sont issus n’est plus obligatoire ».
      D’autres reculs: la non prise en compte des pollutions et des dépenses d’énergies par l’exportation massive des produits bio, les élevages intensifs ne sont plus interdits, il y a des dérogations pour des traitements chimiques, bref:
la nouvelle règlementation européenne est faite pour la "nouvelle bio": celle des supermarchés et de quelques grosses centrales, la "bio industrielle".
 
      Voilà ce que relevait la Fédération Nationale de l’Agriculture biologique à propos de cette nouvelle réglementation européenne
     L'assouplissement des normes peut contenter les industriels mais les vrais acteurs de la bio les refusent.
     Des labels comme Démeter, Nature et Progrès en Europe, Bio-Cohérence en France, Nathurland en Allemagne ou encore AIAB en Italie respectent un cahier des charges plus strict et conforme à l'esprit de la bio. 
     Des agriculteurs défendent d'autres méthodes culturales. (voir agricultures-alternatives,  ou ces autres liens... et la liste n'est pas exhaustive)
 
L’enquête de Philippe Baqué : une bombe dans le bio
      On en était resté là, mi rassuré, mi sceptique. Mais une question nous revenait sans cesse. Comment se faisait–il que la bio de plus en plus courtisée échappe aux grands groupes, aux centrales d’achats bref à tout ce qui apparaît dés qu’un marché juteux se présente ? Il n’existe que très peu d’études qui analysent l’évolution du bio, sa mondialisation. 
      C’est en Février 2011 que Philippe BAQUE sort deux articles dans le monde diplomatique, deux bombes.
« Florissante industrie de l’Agriculture biologique » et
« Une Internationale »
On vous donne à lire les premières lignes de chaque enquête  
  • « Des poulets élevés en batterie, des tomates en toute saison, des vergers où l’on exploite des ouvrières immigrées… Oui, mais « bio » ! Ou comment un mouvement lancé par des militants soucieux de défendre la petite paysannerie tout en rejetant les logiques productivistes risque de s’échouer sur les têtes de gondole des supermarchés. »
  • « Plus de trente millions d’hectares étaient cultivés de façon biologique en 2007, à l’échelle de la planète. L’agriculture bio intensive se généralise, en proie à la même surenchère que l’agriculture productiviste dénoncée par les fondateurs de la bio. Les multinationales de l’agroalimentaire et les grands propriétaires terriens développent avec profit les monocultures d’exportation. Les paysans pauvres d’Asie, d’Amérique latine ou d’Afrique sont aussi mis à contribution. Soumis à de puissantes sociétés commerciales, ils sont appelés à produire des aliments bio pour les populations les plus aisées des pays industrialisés. »
Pour lire dans son intégralité l'article "Florissante industrie de l'agriculture biologique", le télécharger en PDF
 
Sauver toutes les terres pour l’agriculture paysanne locale
      L’appel massif à l’exportation s’est développé parce que les terres consacrées à l’agriculture disparaissent et que les conversions en bio ne vont pas assez vite.
      3000 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année en PACA alors que la superficie agricole ne représente déjà plus que 22% du territoire régional contre 52% au niveau national. Sur 74 000 fermes en 1970 il n'en reste que 20 000 en 2007.
      Selon une récente étude du service de la statistique et de la prospective du ministère de l'Agriculture, « les sols agricoles (cultures et herbe) ont diminué de 327.000 hectares entre 2006 et 2010, ce qui correspond à une baisse moyenne de 82.000 hectares ou 0,3 % par an. »
     La disparition des terres agricoles en France va galopante au profit de l’urbanisation, de zones commerciales, des routes, des ronds points etc. C’est l’équivalent d’un département français qui disparaît tous les 8 ans et réduit d’autant la capacité de production alimentaire.
      Et dans cette frénésie destructrice les Alpes Maritimes font la course en tête. À un point tel que la disparition de l’agriculture sur le littoral est envisagée pour les années prochaines.
     Dans le même temps chaque année, selon un rapport de l’ONU ("disparition des terres cultivées: la superficie de l'Italie perdue chaque année." ) « des investisseurs expriment leur intérêt dans l'acquisition de plus de 40 millions d'hectares de terres arables » dans le monde.
      Une partie de ces terres va servir au nouveau bio: le "bio" intensif, industriel. Vous voulez du bio, vous en avez. Il n’y a plus de terre à côté de chez vous, mais qu’est-ce que cela peut faire , puisqu’il y a du bio dans les magasins. La boucle est ainsi bouclée. On répond à une demande légitime des consommateurs, en les trompant, en faisant d’énormes profits et l’on peut spéculer ainsi sur la vente des terres locales.
     Les acteurs sincères du bio, qui depuis des années se battent contre l'industrie agro-alimentaire ont besoin plus que jamais que les consommateurs ne soient pas dupes.
charte-de-l-agriculture-paysanne.jpg
 
À Levens 5 AMAP possibles, mais avec quelles terres ?
      Le seul moyen de défendre une autre logique, celle d’une agriculture respectueuse de l’environnement, des hommes, des produits est de défendre les terres prés de chez vous. Toutes les terres.
      Les communes discutent actuellement de leur Plan Local de l’Urbanisme (PLU). C’est le cas de Levens. Il suffit de les regarder de près pour voir que bien souvent le grignotage des terres continue. Ainsi à Levens l’Orte seule terre de la commune avec celles à proximité de la Madone a être classée en terre arable est vouée à la construction d’immeubles.
      Construction d’autant plus aberrante que les risques naturels (eau) sont présents  à l’Orte.
      Nombreux sont les élus (heureusement pas tous ) qui parlent de bio, d’agriculture et font disparaître les terres.
    Bulletin-agribio-mai-2011p1.jpg  Il faut lire l’éditorial de Jean–François Tripodi président d’Agribio 06 pour comprendre l’exaspération de ceux qui veulent « vivre et cultiver au pays »:
« Que celles et ceux qui ne veulent plus de nous sur leur commune le disent clairement, assument ce choix face à leur électorat souvent acquis à notre cause ! Nous nous réfugierons alors dans des réserves où l’on viendrait nous admirer et vanter nos efforts de maintenir un semblant de diversité économique et culturelle ».
      On sait qu’une AMAP s’est crée sur la commune de Levens à l’initiative de bénévoles de l’association des Perdigones. Une AMAP qui comme son nom l’indique agit pour le maintien d’une agriculture paysanne .  C’est une façon d’agir pour faire vivre l’agriculture locale.
      Vu l’engouement de la population (57 familles bénéficiaires, plus une vingtaine en liste d’attente) ce n’est pas une AMAP qu’il faut, mais 4...5 ... Sans parler des autres formes d’achat ( vente à la ferme, au marché ) qui co-existent.
      Mais comment faire ? Sur quelles terres ?
      Il y a sans doute d’ autres façons de s’engager dans la défense des terres, seule condition pour le maintien d’une agriculture locale : intervenir lors des PLU, faire savoir à vos élus que vous ne cautionnez pas ces choix, s’informer et faire connaître la réalité de la situation, choisir les produits locaux, ne pas renforcer la bio-business, signer et faire signer la pétition  "Pour le retour à l'agriculture des terres de l'Orte" et toutes celles pour la défense des terres etc...
      Une chose est sûre, l’intervention du citoyen dans ce débat est la bonne nouvelle de ces dernières années. Espérons qu’il n’est pas déjà trop tard.
 
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Commenter cet article

Muriel G 03/10/2016 13:33

Bravo , merci pour cet article .

Terres Fertiles 19/06/2011 09:05



Il faut aller voir cette petite vidéo ou Claude Bourguignon explique les conséquences dramatiques de l'agriculture intensive: mort des sols, perte de biodiversité "invention des inondations en
périodes séches" etc etc


http://www.colibris-lemouvement.org/index.php/TH/Comprendre/node_1821