Levens : Une « petite entreprise » qui ne connaît pas la crise ?

Publié le par les perdigones

Ici il n’y a jamais eu autant de biens à la vente sur le marché de l’immobilier.  Dans le même temps, le PLU (Plan Local de l'Urbanisme) prévoit d’urbaniser énormément. Le seul facteur ignoré est celui de la crise. Et si la spéculation espérée par certains se transformait en bulle prête à exploser ?
 
     Que se passe t-il à Levens, cette commune de 5000 habitants proche de Nice ?
     Il suffit de se promener dans les rues, faire les vitrines des agences immobilières ou bien consulter Internet pour avoir une idée du phénomène. Jamais il n’y a eu autant de villas, de logements mis à la vente. Au moins une centaine.
 
PLUS DE CENTS LOGEMENTS À LA VENTE
      Plus de cent logements ? Dont certains ne trouvent pas preneur. Et c’est une loi du marché : quand l’offre est plus importante que la demande, les prix baissent.
      Le prix moyen du mètres carré, encore très élevé (entre 4000 et 4100 euros), part à la baisse selon le baromètre du n°1 de l’immobilier sur Internet « se loger.com » (lire)
      L’analyse qui est faite par le président du Directoire Roland Trippard est sans appel :  « La baisse des prix de l’immobilier affichés en agences amorcée au mois de Juillet ne se confirme pas encore totalement au mois d’Août. Nous assistons malgré tout à un ralentissement marqué de la hausse des prix qui devrait s’accélérer dans les prochains mois.
Le contexte économique incertain et la hausse des taux d’intérêts provoquent une situation d’attente pour les acheteurs. Les vendeurs vont devoir réduire leurs exigences, au risque de voir le marché se gripper. »
      « Contexte économique incertain »: le mot est pudique pour parler de la crise. Celle de 2008, celle qui est là , celle qui vient.
 
 
LA CRISE, PLUS DE DIFFICULTÉS POUR UN GRAND NOMBRE
      Si l’on en croît tous ceux qui se sont trompés et qui « nous » ont trompés, on devrait se sortir de la crise après un bon régime d’austérité ou de rigueur.
 
     
     Par pitié on ne va pas citer les économistes, les politiques, les campagnes de communication qui expliquent cela en long en large et en travers. Chacun en est imprégné à travers de nombreux médias, publics comme privés.
 
"UNE" DU "MONDE" DU 4 SEPTEMBRE 2011
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Le rôle des médias : « engranger l’insignifiant dans la mémoire des résignés »
Raoul Vaneigem
 
      Cela se passe alors que le nombre de pauvres est évalué en France à 8,2 millions selon l’Insee (lien), et que les  très riches sont de plus en plus riches, comme le note l’Observatoire des Inégalités « Entre 2004 et 2008, les très très riches (les 0,01% du haut de la pyramide) qui touchent 732 000 euros en moyenne par an, ont gagné 33 % de plus. La bagatelle de 180 400 euros annuels supplémentaires ! ». (lien article)
 
D’AUTRES DISCOURS SUR LA CRISE
     À côté de ceux qui se sont toujours trompés, il y a les autres.
     Et leurs analyses sont totalement différentes. Ils contestent les causes de la crise, son niveau et les soi-disants remèdes. Des remèdes qui selon eux vont achever le malade comme c’est le cas en ce moment en Grèce (austérité pour la population et prêts des marchés à l’État à des taux qui vont jusqu’à 46% sur deux ans).
 
      Ces quelques autres penseurs sont par exemple le seul prix Nobel d’économie que la France ait jamais eu, à savoir Maurice Allais: « Jamais, la France ne s'est trouvée en temps de paix dans une situation économique aussi dramatique »
Dix ans avant il annonçait la crise, mais vous ne l’avez pas su parce que les médias invitent toujours les mêmes (lire dans le journal "marianne2.fr" "Le testament de Maurice Allais".
 
      Ces autres penseurs, ce sont aussi ceux qui se nomment eux mêmes "les économistes atterrés", tant ils le sont, atterrés, par les mesures prises face à la crise. Pour résumer, les états sauvent en 2008 le système financier et puis celui-ci leur impose leur ligne de conduite qu'ils acceptent sans contre-partie.
      Lire leur manifeste en dix points vaut cure de désintoxication des esprits.
     Écouter leur colloque remet les idées en place.
 
      Ces autres penseurs, ce sont aussi les chercheurs du "Groupe de REcherche pour une Stratégie Économique Alternative" (gresea)
 
      Citons aussi  l’anthropologue Paul Jorion (lire son interview sur le site Bforbank) 
Le travail passé de ce monsieur lui donne une certaine légitimité, lui qui avait prévu la crise des subprime, lui qui dans son livre « la crise du capitalisme américain » à la p. 234 annonce la dégradation du triple AAA américain . C’était en 2004 et oui !
     Aller visiter son blog sur daily motion où il tient la chronique de la crise.
 
      Il faut lire aussi le directeur de recherche au CNRS Frédéric Lordon. Sa dernière intervention "Le-commencement-de-la-fin" n’y va pas par quatre chemins. Selon cette analyse  la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler. « Le néolibéralisme, en effet, est un régime d’endettement généralisé : ménages, institutions financières, États. La crise menace de mettre à bas tout le système des institutions financières, car si la puissance publique a pu sauver les banques de la crise de la dette privée, il n’est pas certain qu’elle puisse y parvenir pour les dettes publiques. »
 
      Et l'on porrait citer nombre d’autres travaux qui alertent et proposent d'autres pistes que celles qui conduisent au pire.
 
 
LEVENS : L’ARGENT DES TERRES
      Mais quel est le rapport entre cela et la situation de la cité petite-bourgeoise des abords de Nice ?  Au  « contexte économique incertain » il faut rajouter quelques spécificités locales. Avec près de 3000 hectares, ce grand territoire constitue une réserve foncière importante. Ainsi depuis des années des zones entières ont été rendues constructibles avec l’assentiment d’une partie de la population. Les plans de prévention des risques n’existant pas, ou n’étant pas en application, on y est allé gaiement. Des zones comme l’Orte n’aurait jamais du être constructibles et l'on continue à tout prix de nier la réalité (lire notre intervention dans le cadre de la concertation du Plu en août 2011).  
      La population y trouvait son compte, soit parce qu’elle possédait les terrains soit parce qu’elle pouvait habiter des villas à des prix moins élevés que ceux de la côte. Ainsi ces dernières années, Levens a eu la plus forte progression démographique des 27 communes de  la Communauté Urbaine niçoise.
 
LE PLU :
EN ZONE AGRICOLE DES CONSTRUCTIONS PAS DES LÉGUMES
     Et il n’y avait aucune raison pour que cela cesse. Certes il y avait bien quelques personnes qui n’étaient pas d’accord avec ce devenir de la commune, mais elles n’ont jamais réussi à constituer un bloc homogène et surtout n’ont jamais été majoritaires dans les urnes .
      C’est d’ailleurs pour cela que le Plan Local d’Urbanisme (en cours d’élaboration) accélère cette tendance à l’urbanisation. Il n’y a qu’à lire attentivement les cartes que nous avons proposé dans notre dernier article.
     Et les prévisions officielles a minima de 6000 habitants en 2025 valent comme toutes les autres prévisions du même genre des années précédentes…
     Ce PLU permet beaucoup plus. Plus de villas, plus de lotissements plus d’immeubles autour de la RD 19, au village ...
     ... et même des constructions à venir sur les contreforts du Férion .
 
     Cela fait partie de la grande entourloupe du "développement des zones agricoles à Levens".
     Celles qui sont fertiles (les terres arables comme l’Orte) sont constructibles, celles qui ne le sont pas deviennent agricoles et permettront…. des constructions de mille mètres carrés. (contre 120 dans le POS actuel). Oui, des constructions pas des légumes !  L’agriculture vivrière (celle qui permet de nourrir la population locale), celle dont on a un besoin urgent et bien cette agriculture là à Levens se limite aux olives et aux moutons. Pas de légumes, pas de fruits sur 256 hectares de zones agricoles prévues, c’est une drôle de conception !
      Cette orientation qui a permis à certains de s’enrichir a aussi permis un transfert d’argent public vers le privé. À Levens , mais dans toute la région. Les opérations de la plaine du Var labellisées OIN (le grand stade) sont un magnifique drainage d'argent public vers le privé.  Et tout est prévu pour continuer.
 
      D'ailleurs, comme si de rien n’était, pour cette rentrée, les géomètres sont à pied d’œuvre aux Grands Près, pendant ce temps, les ronds points se multiplient et les futures voies d’accès aussi. La ville à venir se profile avec des zones « à l’abri » et des zones sacrifiées.
 
      Alors que la situation exige de re-localiser les activités, de profiter de toutes les terres fertiles, ce qui est programmé c’est le contraire: un accroissement de population sans les activité qui vont avec. Et pourtant aujourd’hui 75 % des actifs travaillent déjà à l’extérieur de la commune. (chiffes Insee).
      Mais tout cela est bâti sur une conception qui nie l’ampleur des crises. Crises économiques et financières, crises environnementales, crise de la représentation, elles n'existent pas pour ces "bâtisseurs", ces "entrepreneurs".
 
      La mévente des maisons vient rappeler la réalité du moment . La bulle pourrait bien éclater et beaucoup regretter de ne pas avoir... gardé  les terres pour y planter…des patates...

Publié dans Urbanisme

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Ambre 23/09/2011 16:28



C’est beaucoup plus que le chiffre que vous donnez, aujour'hui c'est... 150 biens à vendre,!


 


Vous écrivez que "beaucoup ne trouvent pas preneurs" et là encore je  reprends : presqu'aucun ne trouve preneur,en tout cas aucun au-delà
de 400 000 euros, ce qui est... peanuts dans le 06 pour une acquisition immobilière. Du reste à 400 000, il faut voir les masures branlantes dont les gens se portent acquéreurs.


En cause :


- la chèreté indécente des biens et la spéculation sur les terrains.


- la conjoncture (la "crise") ne se corrigera plus, car la fin de l'ère Sarkozy est aussi la fin d'un "modèle" économique en bout de course, celui du
capitalisme.


Selon une très récente enquête du CREDOC, 6  français sur dix (et 8 sur 10 chez les propriétaires !!!) ont dans les deux dernières années refusé une
promotion professionnelle impliquant une nouvelle acquisition immobilière et un déménagement.


 


Dans un modèle de société moins spéculateur que les Alpes-Maitimes, un cas d'école en France, une telle situation aurait amené les autorités à réguler les
constructions nouvelles et l'oeuvre des promoteurs pour écouler un peu le parc immobilier plus ancien.


 


Ils ont comme d'habitude encouragé la spéculation et la promotion immobilière, ce trait constitutif des
azuréens depuis trois générations.


 


Résultat aujourd'hui tout est bloqué : personne ne vend, ni les promoteurs, ni les individuels.Il y a des chantiers d'immeubles à l'agonie, à l'arrêt, un peu
partout. Il doit y avoir des faillites. Mais d'autres continuent à construire, c'est une maladie chez le spéculateur azuréen qui n'a aucun garde-fou psychologique.


 


Cette conjoncture va durer longtemps.


Et cette question de l impasse immobilière n'est qu'un aspect d'une société et d'un modèle économique à l'agonie absolue, à présent.


 


 



éric06 06/09/2011 10:22



C'est sans doute pire. On est devant un très très gros problème. Pourquoi les acteurs politiques ne tentent ils pas une régulation plutôt que d'encourager la spéculation. C'est vrai que pendant
ce temps le BTP marche, mais cela devient de plus en plus artificiel. Je connais des maisons à la vente à 550 000 euros, les acheteurs potentiels en proposent 400 000.


Des entrerpises font faillite des familles sont en difficultés, mais pendant ce temps on nous amuse avec d'autres thèmes