TERRES FERTILES : PRENDRE EN COMPTE LEUR VALEUR

Publié le par les perdigones

         Excepté pour quelques terroirs à vin, la valeur des terres fertiles n’existe pas. Et pourtant le sol n’est pas partout le même. Stérile par endroits, riche à souhait pour d’autres. Ne pas tenir compte de ces éléments est stupide, coupable même. Et si l’on analysait les sols avant de les tuer à jamais ?


        «La terre nourrit l’homme depuis 10 000 ans et pourtant la science ignore l’essentiel sur ce milieu complexe qu’est le sol. En fait depuis 10 000 ans nous travaillons la terre empiriquement, et ce n’est que depuis 50 ans que nous avons décidé de faire de l’agriculture hors-sol, c’est à dire d’éliminer le sol de l’agriculture sans avoir abordé sa complexité ».

        Ceux qui ont vu le film de Colinne Serreau « solutions locales pour désordres global » auront reconnu la pertinence des Bourguignon. Claude et Lydia Bourguignon sont des scientifiques qui ont fondé leur propre laboratoire de recherche et d’expertise en biologie des sols (LAM). Ils font partie de ces scientifiques  comme Jean-Pierre_Berlan qui alertent depuis des années sur la mort des sols. On recommande absolument la lecture de l’ouvrage des Bourguignon, « le sol, la terre et les champs » (éditions éditions "Sang de la terre")

 

 

VIE ET MORT DES SOLS

 

        Le sol c’est la vie. Il contient la vie, il donne la vie. Quelques chiffres: « dans un gramme de sol, il y 10 millions de bactéries, la masse des vers de terre sur un hectare est plus importante que la masse des animaux qui peuvent vivre dessus ». Préserver la biodiversité, c’est préserver les sols car elle est florissante, multiple, dans les sols vivants. A un point tel que, selon Claude Bourguignon, « le sol est le milieu le plus complexe du monde. L’agriculteur (avec le médecin) le métier le plus complexe du monde. »

Ecoutez l’interview:


 

        Ce milieu est essentiel à la vie, à la culture des plantes, des arbres des légumes. Depuis toujours il en a été ainsi. Alors que la couche de terre est moins importante que celle de l’atmosphère, que la profondeur des océans, la planète Terre s’appelle "La Terre" et non pas "L'air" ou "L’eau". Parce que sans terre (terreau, humus ) pas de vie pour l'homme.

        Or le constat est terrible. Les sols disparaissent et meurent. Ça ne fait pas encore  la une des infos et pourtant l’enjeu est considérable, vital si l’on peut dire.

        À cela plusieurs causes. Il y a bien sûr le bétonnage tous azimuts de terres et la consommation aveugle de terres fertiles. Mais il y a aussi les pratiques culturales intensives de ces cinquante dernières années. Ainsi l’ agriculture industrielle et chimique qui fait appel aux pesticides, aux fongicides et au labour profond a tué les sols. Plus de vie dans ces terres. Voir:

  

        Résultat plus rien ne pousse sans apport de plus en plus important de substances étrangères aux sols. Alors on se passe des sols et l’on fait pousser à l’extérieur. Ce qui fait dire à Jean Pierre Berlan que les tomates cultivées hors sols ne devraient plus s’appeler "tomate" mais « pétro tomate ». Ce type de culture donne des produits sans qualités, bourrés de chimie. Et de nombreux spécialistes n’hésitent pas à parler des maladies qu’ils occasionnent .

        Mais la mort des sols n’a pas que cette conséquence. Elle active leur disparition physique, modifie les paysages, renforce les risques. Ainsi les terres ne sont plus retenues et sont lessivées sous les pluies.

 

 

L’AGROLOGIE LA SCIENCE DE L’AGRICULTURE ÉCOLOGIQUE

 

        L’agriculture d’aujourd’hui est dans une impasse. À l’échelle mondiale l’intensification n’a pas arrêté la famine. Par contre des millions d’hectares de sols sont épuisés. Peu importe, selon cette conception, car le sol est considéré comme un support inerte.

        Heureusement des hommes ont réagi et developpé d’autres types d’agricultures. En voici quelques unes. Elles ont en commun de ne pas utiliser de pesticides, d’engrais ou de fertilisants chimiques, elles sont biologiques. Certains vont encore plus loin en refusant les labours .

        Les travaux de Claude et Lydia Bourguignon mènent à une nouvelle voie pour l’agriculture.

        Ils nomment cette science "l’Agrologie" : « Science de l’agriculture écologique, elle est fondée sur une perception fine des relations complexes qui unissent le sol, les microbes, les plantes, les animaux et l’homme »

        On reviendra sur cette importante perspective. Parmi les nombreux avantages qu’elle comporte il y a bien sûr la qualité des produits, la moindre emprise aux maladies, un besoin d’eau moins important, la valorisation des milieux et surtout des coûts de production nettement inférieurs. C’est une méthode pour faire travailler la nature et non les firmes de l’industrie chimique. On ne répètera jamais assez que les insecticides et tous les autres « cides » ne sont que la reconversion et la suite des industries de guerre (gaz moutarde etc)

 

 

ANALYSER LES SOLS AVANT DE LES TUER

 

        Dans cette perspective heureuse, pour la nature et le vivant , les sols ne se réduisent pas uniquement à des mètres carrés. Car il y a sol et Sol. Et certains ont une grande valeur. Une valeur de par l’humus qui s’y trouve, de part la biodiversité qu’ils abritent .

        L’humus désigne « la couche supérieure du sol créée et entretenue par la décomposition de la matière organique, essentiellement par l'action combinée des animaux, des bactéries et des champignons du sol ». Voir définition (wikipedia)

        Et comme le fait remarquer Pierre Rahbi, l’humus , l’humain , l’humanisme ont la même racine.

        De part les promesses de vie qu’ils portent, ces sols sont à protéger d’urgence.  .

        Mais qui aujourd’hui tient compte de cela dans un projet ? Les décideurs n’y pensent même pas.

        Par contre dites-leur qu’ils contiennent des  minerais ou du pétrole et ils se garderont bien de les couler de béton ! Or pour l’avenir les terres fertiles seront aussi importantes que le pétrole.

        Nous proposons donc que des techniciens indépendants, puissent, à la demande des associations, des syndicats etc. procéder à des analyses des sols menacés par le bétonnage aveugle et le gaspillage des terres.

        Par exemple l’EPFR  PACA devrait pouvoir remplir cette mission et décider en fonction de ces données: des immeubles là, de l’agriculture ailleurs, du maraîchage ici.

        Cette proposition sera prochainement portée aux élus .

        On a fait venir des techniciens sur des terres vouées au béton, à Levens, précisément à l’Orte.286 Orte terre Des sols vierges de toute pollution depuis toujours, des sols reposés. Une terre riche et noire d’humus, une terre idéale pour le maraîchage. 312 Orte terre(Nous le savions, ce n'est pas par hasard que le lieu est nommé ainsi. Nous ne sommes pas les seuls à le dire, la toponymie des lieux a un sens)

 

        Cette question de la préservation des terres fertiles et plus largement celle de la valeur de la nature vient dans le débat public.       

        Ainsi la Norvège a créé un indice qui permet d’évaluer l’état de la nature. 309 indicateurs servent à attribuer une note sur une échelle de 0 à 1. Ainsi par exemple l’eau douce y obtient 0,8  et devance nettement les forêts (0,4) dont l’état a été fortement détérioré.

        La prochaine étape devrait être l’intégration de cet indice dans le calcul du produit intérieur brut. A rapprocher de l'IBB (l'indice de bonheur brut) en vigueur au Bouthan, dans lequel l'état de l'environnement est très important.

        D’autre pays (USA, GB, Mexique, Ouganda) ont mis en place des indicateurs visant à recenser la diversité.

        L’indice de la Norvège, visant à valoriser la biodiversité dans l’économie sera présenté à la convention sur la biodiversité biologique de Nagoya au Japon.

        Bien sûr il serait réducteur de cantonner la nature à un indice économique parmi d'autres, mais ces initiatives ont au moins l'avantage de lui rendre une place importante.

        Voir par exemple le long entretien de Yann Laurans, dans le journal "Le Monde". Cet économiste de l'environnement, dirige le bureau d'études Ecowhat, il est chercheur associé à l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). 

 

 

PS:

Notre ami Michel Maïcon membre fondateur de l’association Les Perdigones, membre du conseil d’administration, vient de disparaître à la suite d’un dur combat contre la maladie. Nous partageons avec ses proches, sa famille, ses amis, une peine immense.

Michel a été déterminant pour la naissance de l’association, il a été essentiel dans l’échange et la construction de nos idées. Nous poursuivrons notre engagement, aussi par fidélité.

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cathy 06/11/2010 19:18



Un article à lire suite au sommet de Nagoya sur la biodiversité... Au secours !!!!!!!!!!

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/21/nagoya-le-bal-des-financiers_1428983_3232.html#ens_id=1432813



 



Gérard 28/10/2010 08:32



Ce contre quoi vous prévenez Yves, est malheureusement vrai. Et comme toujours l'enfer est pavé de bonnes intentions....


Cependant, si l'on laisse faire les lois du marché aujourd'hui que se passe t'il? Ici c'est un  processus massif de destruction des terres (spéculation immobilère)  et ailleurs
l'accaparement des terres  ou des états achétent les bonnes terres à d'autres états. (spéculation alimentaire)


Pourquoi ne pas imaginer un mécanisme qui protège toute terre en capacité d'être nourricière (fertiles, en jachère etc). C'est le sens d'une démarche d'intérêt général. Bien sûr qu'i faut
largement encourager l'agriculture paysanne ou citadine de proximité. Il faut faire plus, il faut la protéger, la favoriser.  Des agriculteurs (confédération paysanne) parlent de droit au
sol opposable. En effet et l'inscrire dans la loi.


Mais il faut aller vite car dans quelques années, au rythme actuel il n'y aura plus d'agriculture dans le 06, et juste un peu de temps après il n'y en n'aura plus en PACA.


 



Yves 27/10/2010 11:52



La démarche d'affectation d'une valeur à un sol est intéressante mais peut comporter des risques.  Ce qui a une valeur s'achète et se vend, c'est le dogme d'une société où le profit est
roi.
A propos de la démarche d'affectation d'une valeur à la biodiversité, présentée à la convention mondiale sur la biodiversité de Nagoya, beaucoup de scientifiques craignent de voir se répéter la
manoeuvre "carbone", qui (en gros) permet aux pollueurs de continuer à polluer à condition "d'acheter" des quotas de CO2 aux pays qui polluent moins.
La manip peut en effet très bien s'imaginer dans le domaine de la destruction de biodiversité, et pourquoi pas de la destruction de terres cultivables (par exemple on détruirait des terres à tel
endroit, mais on financerait l'installation d'agriculteurs ailleurs - un ailleurs qui pourrait être très éloigné).  Il faut donc que la valeur d'une terre cultivable, au-delà de sa qualité
microbiologique, soit très fortement pondérée par la rareté locale et régionale.
L'avenir, c'est la relocalisation, notamment pour l'agriculture maraîchère.  Ce n'est pas la tomate d'Espagne ou la poire du Chili, qui consomment le gazole ou le kérosène dont nos enfants
manqueront plus tard.



Gabriel Ricci 26/10/2010 21:31



Très bon article


Sur le même theme, "Comment reconvertir son usine en ferme écologique ?" à lire sur :


http://www.bastamag.net/article1134.html


et ce reportage d"Arte : "Détroit passe au vert"


http://videos.arte.tv/en/videos/detroit_passe_au_vert-3427874.html


"A Detroit, la rouille vire au vert. La ville symbole de la «rust belt» américaine, la capitale déchue de l’automobile, voit fleurir des milliers de jardins dans ses arrière-cours, ses parcs et
ses terrains vagues."