LEVENS (06) : A BAS LES PLATANES (4): Un maire qui s’en « tape» des enquêtes publiques

Publié le par les perdigones

Suite à l’avis négatif et motivé de la commissaire enquêtrice concernant l’abattage de 22 platanes, le maire de Levens dit s’en « taper » et déclare vouloir passer en force. C’est ce qui a été fait le 11 mars 2022 au conseil métropolitain.

          Le maire de Levens « s’en tape » des enquêtes publiques. Enfin il « s’en tape » surtout de celles qui lui sont défavorables, qui lui rappellent que son projet ne respecte pas la loi. « Je démarre les travaux, je m’en tape »… « La position qu’a prise la commissaire est inadmissible » : voilà ce qu’il déclare dans un article de Nice Matin à propos d’un projet qui avait choisi de faire un trottoir piétons en abattant 22 platanes.

          L’affaire est un peu plus grave qu’un coup de gueule. Qu’un officier de police judiciaire (le maire en est un, comme tous les maires) déclare se moquer de la loi , alors qu’il est chargé non seulement de la faire appliquer, mais doit se l’appliquer à lui même, en dit long sur le climat démocratique qui règne sur cette commune.

          Car enfin ce que dit la commissaire enquêtrice dans un très long rapport ne peut pas être évacué d’un seul coup de menton, et le rappel de la loi, en l’occurrence l’article 350 du code de l’environnement, parmi les motifs impératifs de surseoir à cet abattage, s’impose à tous y compris à Mr Antoine Véran.
          Lorsqu’une enquête publique est retoquée, il y a à suivre un certain nombre de procédures pour faire aboutir ou modifier un projet. Pas à Levens, pas à la métropole Nice Côte d’Azur où le passage en force s’accompagne d’énormes mensonges.
 
Une délibération qui ne procède pas de l’enquête publique
 
          Voici la délibération qui a été présentée au conseil métropolitain du vendredi 11 mars. Il faut la lire attentivement pour comprendre le tour de passe-passe. Cette délibération dit plusieurs choses :
          1°       Qu’on va se passer d’une nouvelle enquête publique. Plus simple en effet. La prochaine phase c’est quoi ?
          2°       Qu’existerait une variante C qui aurait été présentée à l’enquête publique (« Considérant que le dossier d’étude d’impact, joint au dossier d’enquête publique soumis au public, comporte une variante intitulée « Esquisse C »). Or il n’a jamais été présenté de variante C à l’enquête publique.
          3°       Que cette variante C répondrait aux préconisations du commissaire enquêteur. (« La variante « Esquisse C » du projet est proposée en ce qu’elle répond aux préconisations du commissaire enquêteur selon lesquelles la préservation de la nature doit être conciliée avec la sécurité des piétons. »)
 
          Sauf que ce n’est pas ce que dit le commissaire enquêteur. Elle écrit en toutes lettres que, pour préserver la sécurité des piétons et les impératifs de sauvegarde des platanes, il faut refaire un projet qui ne touche pas aux platanes. C’est la conclusion de son rapport qui l’affirme:
« Au vu des connaissances scientifiques actuelles en matière de climat, d'écologie, de respect de la biodiversité. Au vu des perturbations climatiques, telles que la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes, Malgré la qualité technique du dossier présenté, Malgré l'idée de sécuriser la circulation des piétons sur cette section de route, je persiste à croire qu'une nouvelle étude doit être menée pour concilier la sécurité et la préservation des platanes, »
 
       "La préservation des platanes", en bon français ça ne signifie pas d'en sauver 6 ou 11, ça veut dire  les sauver tous. Et pour cela " il faut mener une nouvelle étude". Pas un tour de passe passe, pas une mensongère "Esquisse C", une vraie étude qui examine toutes les possibilités qui permettent de sauver tous les platanes. C'est cela l'esprit des conclusions du rapport d'enquête.
la
Juliette Chesnel : « revoyez votre copie »
 
          Juliette Chesnel, au nom du groupe EELV, est intervenue en montrant, en quoi cette fameuse esquisse C n’avait aucune matérialité dans l’enquête publique, et qu’elle ne situait pas dans l’esprit du rapport de la commissaire enquêteur. Elle a conseillé, comme le suggérait la commissaire enquêteur, de mener à bien une autre étude.
Voici son intervention :
 
« Comme Idéfix, le célèbre compagnon d’Obélix, je déteste que l’on coupe des arbres !
On ne coupe pas des arbres centenaires en bonne santé.
Dans ses conclusions du 31 août 2021, le commissaire-enquêteur, Mme Schweitzer, refuse ce projet et affirme le besoin de mener une nouvelle étude pour concilier la sécurité des piétons sur la RM19 et la préservation des platanes. 
Dans cette délibération, il nous est proposé de reprendre ce projet, dans une version un peu allégée appelée Esquisse C : 11 arbres abattus au lieu de 22. 
Contrairement à ce qu’indiquent vos considérants, l’enquête publique ne s’est tenue que sur le tracé choisi par la métropole, l’esquisse B. Ni l’étude d’impact, ni le résumé technique n’abordent l’esquisse C.
Il est donc incroyable de proposer en l’état l’esquisse C.
En outre, cette nouvelle proposition ne répond aucunement aux arguments du commissaire enquêteur dont les conclusions étaient accablantes.
En voici des extraits éloquents :
“Il est choquant que cette « mauvaise » idée s’impose au fil du dossier comme un fait incontournable. “
“Je suis opposée à ce projet (dit-elle aussi), qui n’a été travaillé que dans l’optique de construire des trottoirs sur cette zone précise, en chaussée Ouest et qui prétend sauvegarder le paysage et préserver la biodiversité en abattant les arbres et en les remplaçant par des arbrisseaux et des nichoirs, à des endroits qui seront déterminés ultérieurement.” 
Elle confirme : “Je pense qu’il faut mener une nouvelle étude avec des paysagistes et des urbanistes répondant à la commande de concilier la préservation de la nature et la sécurité des piétons. “
Vous aurez beau nous dire que cela est validé par des avocats, cela est tout bonnement inacceptable.
Cette décision d’abattre des arbres contre l’avis des autorités est honteuse.
Nous demandons un nouveau projet qui préserve les platanes en bonne santé. Ainsi qu’une nouvelle étude environnementale et une nouvelle enquête comme le demandent les autorités, puisque les études ne concernaient pas l’esquisse C qui nous est présentée ici.
Puisque j’ai commencé en me référant au chien Idéfix, qui pleure les arbres coupés, je voudrais conclure en citant M Goscinny et son vieux pirate unijambiste et latiniste, ”errare humanum est, perseverare diabolicum”.
Nous voterons contre ce projet et vous conseillons de revoir votre copie. »
 
 
Toutes les communes qui font des trottoirs
n’abattent pas leurs arbres

          Le cas de Levens est exemplaire d’un esprit très autocratique où on s’embarrasse pas. Ni des procédures, ni des réglementations, ni des gens qui en demandent le respect.

          A l’entendre ce pauvre maire serait empêché de protéger ses citoyens des véhicules. Mais comment font toutes les communes de France? Elles coupent toutes les arbres? Ou bien elles réfléchissent à des alternatives, d’autres cheminements, des feux, des feux automatiques en fonction de la vitesse ou du gabarit, des ralentissements, des réductions de vitesse, des chicanes etc. etc. D'autant que dés maintenant deux cars ou deux camions qui se croisent  ont toutes les peines du monde à le faire sans  empiéter parfois sur le trottoir. Cet axe est dangereux et il serait temps de prendre des décisions de régulation de la circulation, de réduction de la vitesse.
          Il suffit de se déplacer, de voyager un temps soit peu (hors de Levens...) pour savoir cela. Même les villages-rue (des constructions autour d’un axe central) proposent autre chose. 
          Et d’un seul coup, alors que ce maire est élu depuis 1994 (près de 30 ans !), il y aurait urgence ?
 
          L’on se souvient, à Levens, d’une action de citoyens qui avaient demandé que le projet de construction d’un immeuble sur la M19, en face de l’école primaire, se fasse un peu en retrait afin de permettre la réalisation d’un trottoir digne de ce nom. Demande retoquée. Le maire était le même.
 
          Et que l’on ne réponde pas que ça relevait du privé sachant le pouvoir qu’ont les "maitres" des lieux sur les permis de construire, sur les plans d'aménagements urbains: le POS (Plan d'Occupation des Sols), auparavant, et aujourd’hui les PLU (Plan Local d'Urbanisme) et PLUM ( Plan Local d'Urbanisme Métropolitain) .
 
          Non l’aménagement de cette commune est pensé au coup par coup, sans vision globale ni prospective. Les immeubles sortent de terre, les populations augmentent, les problèmes aussi.
          Par ces temps troubles de changement climatique ce n’est pas une raison de le faire payer à la nature et aux habitants . C'est visiblement le choix fait par le maire et la Métropole. Ce n'est ni le notre ni celui de ceux qui ont perçu la chance d'avoir ces arbres. 
A suivre donc...

 

 

 

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