Biodiversité : La Diane vit (dangereusement) à Levens

Publié le par les perdigones

    C'est une espèce strictement protégée par de nombreux textes et la convention de Berne qui a été recensée à l'Orte par des naturalistes du CEN PACA.
    Réjouissant! le monde des espèces rares (mais menacées) vit encore tout près de Nice.
 
Une espéce protégée par de nombreux textes
     
      Signe d'une riche biodiversité et d'une zone humide, une Diane a été découverte à Levens, précisément au lieu dit l'Orte. 
Diane photo Onem Viscaïno
        Signe de sa fragilité, la Diane dont il s'agit là, un papillon superbe (Zerynthia Polyxena), est protégée par de nombreux textes; le ministère de l'écologie, de l'aménagement et du développement durable lui a d'ailleurs consacré une fiche d'identification complète.
  •       Elle est protégé par l'annexe 2 de la Convention de Berne (protection de la vie sauvage),
  •       Elle figure à l'annexe 4 de la directive européenne « habitats »,
  •       Elle est sur la liste rouge des insectes en France, fixant la liste des insectes protégés sur le territoire (arrêté du 23 avril 2007).
      A l'Orte, elle a été identifiée, localisée et répertoriée par des naturalistes du Conservatoire des Espèces Naturelles (CEN PACA).http://www.cen-paca.org.
 
 
Un biotope de zones humides
     
      Cela fait près d'un an (en juin 2012) que la Diane a été repérée sur l'Orte. Son Biotope correspond tout à fait au lieu, car elle «  affectionne particulièrement les zones humides ».
      Mais pourquoi à l'Orte ? Parce qu'ici vit une plante, l'aristoloche à feuille ronde, qui est la plante hôte de la chenille de la Diane. Chenille qui de mars à mai de sa seconde année de vie, sort de sa chrysalide pour se transformer en ce joli papillon, mais qui, l’année précédent sa mue, sa première année de vie, se nourrit exclusivement des feuilles de l’aristoloche.
chenille l'Orte 9735
      Il n'est pas indifférent que ce soit un naturaliste du CEN PACA qui ait répertorié ce site. Le Conservatoire des Espaces Naturels Paca, qui a pour mission « la préservation du patrimoine naturel de Provence Alpes Côte d’Azur  » est une association reconnue d'intérêt général qui « protège et gère 54 000 hectares de sites naturels répartis sur 78 sites ».
      Sur le territoire des Alpes Maritimes, lieu d'une biodiversité exceptionnelle, mais soumis à une très forte pression humaine (tourisme, urbanisme) le CEN gère plus de 1 200 hectares (dont depuis peu une prairie humide à la Brague, près de Marineland). Tant par ses expertises scientifiques, que par ses actions pour la gestion du territoire, ou ses campagnes de sensibilisation, cette structure de 43 salariés et de nombreux bénévoles, est un acteur de premier plan dans le cadre de la préservation des richesses naturelles.
 
 
Le Maire de Levens, informé depuis Octobre 2012
     
      C'est donc tout naturellement qu'un courrier signalant cette découverte a été envoyé à la mairie de Levens, avec copie à la Métropole  Nice  Côte d’Azur, à la DREAL Paca, à la DDTM06 et à L'EPF PACA à qui appartient le terrain.
      Ce "porté à connaissance" est 
      L'information remonte à Octobre 2012. La lettre signalait entre autre la nécessité de protéger les terrains. Ceux-ci sont en effet pâturés par des chevaux ce qui, si cela se répète trop souvent, détruit le lieu, tant au niveau du sol, de la végétation, que des murs en pierres sèches sensés retenir l'eau.
      Elle faisait aussi remarquer l'incongruité qu'il y avait, à classer au PLU, en espace boisé classé ou en zone naturelle, des terrains limitrophes dégradés (voire construits NDLR), et à classer en zone constructible, la zone riche et encore préservée où a été découverte la Diane. La Diane, faut-il le préciser, est selon les spécialistes « un bon indicateur de la qualité des milieux naturels ».
 
     Remarquons par là que les zones naturelles de Levens sont pour certaines semblables aux zones agricoles.
     De même que ce n'est pas là où il y a le plus de qualité agronomique qu'on a déterminé de positionner des zones agricoles (beaucoup de zones dites "agricoles" sont, à Levens, de la garrigue caillouteuse), ce n'est pas non plus toujours, là où il y a la plus grande biodiversité et que les terres sont restées vierges de tout aménagement, qu'on a déterminé que la zone sera naturelle.
 
 
UN PATRIMOINE EN DANGER 
     
      « Protéger les lieux, prendre en considération la patrimonialité du secteur des prairies à Diane » disait le courrier adressé au maire de Levens.
Et que fit-il ? Rien.
     Pourtant c’est bien lui qui a la responsabilité de la gestion du lieu, déléguée par son propriétaire, l’EPFR Paca.
     Pire, le maire de Levens contribue à dégrader l'endroit en y permettant, encore et encore, le surpâturage de chevaux. Cela s'assimile à de la destruction volontaire d'habitat d'espèce protégée.
chevaux à l'Orte 20130408
    Rappelons que la convention de Berne a pour but d'assurer la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe par une coopération entre les Etats. Pour ceux qui veulent en savoir plus, la voici
 
    Les Etats en effet dans "leur grande sagesse" se sont mis d'accord sur la valeur inestimable (il n'y a pas que l'argent qui compte) de ce bien de l'humanité qu'il fallait à tout prix sauver. Voilà quelques extraits de cet accord international:
  • « Reconnaissant que la flore et la faune sauvages constituent un patrimoine naturel d'une valeur esthétique, scientifique, culturelle, récréative, économique et intrinsèque, qu'il importe de préserver et de transmettre aux générations futures;
  • Reconnaissant le rôle essentiel de la flore et de la faune sauvages dans le maintien des équilibres biologiques;
  • Constatant la raréfaction de nombreuses espèces de la flore et de la faune sauvages et la menace d'extinction qui pèse sur certaines d'entre elles;
  • Conscients de ce que la conservation des habitats naturels est l'un des éléments essentiels de la protection et de la préservation de la flore et de la faune sauvages … »
Et suivent un certain nombre de mesures de protection. On peut en citer une :
  • « Les Parties contractantes tiennent compte, dans leurs politiques d'aménagement et de développement, des besoins de la conservation des zones protégées (….) afin d'éviter ou de réduire le plus possible toute détérioration de telles zones. »
 Sont interdits :
  • « la détérioration ou la destruction intentionnelles des sites de reproduction ou des aires de repos;
  • la perturbation intentionnelle de la faune sauvage, notamment durant la période de reproduction, de dépendance et d'hibernation ….. »
 
 Le Grand Pré : des espèces protégées massacrées
   
      Le Grand pré de Levens est connu de tout le département. Cette zone naturelle où la nappe phréatique affleure (une zone humide) abrite de nombreuses espèces. Là aussi la Diane avait été reperée et pas qu'elle. Prenons un autre exemple, selon les ouvrages naturalistes l'Orchis Laxiflora (orchis à fleurs lâches) y a été recensée.
orchis-laxiflora-legere.jpg
     Elle figure sur la liste de l'arrêté du 9 mai 1994  relatif à la liste des espèces végétales protégées en région Provence-Alpes-Côte d'Azur
      On ne doit ni la détruire, ni la mutiler. Mais n'est-ce pas déjà trop tard ? Car aujourd'hui la zone est prise régulièrement pour un vaste champ de foire, pire un parking.
Grands prés vert azur 982
prés vert azur mai 2012 966
 
      Et ce n'est pas en peignant (greenwashing) en vert quelques manifestations, ou association para municipale y exerçant leur activité, que la nature est protégée, au contraire.
 
prés verts azur mai 2012 981
      Coupable manque de considération accordée à  la protection de la nature par ceux qui ont les plus hautes responsabilités sur cette commune    
 
 
La Métropole Nice Côte d'Azur
et la protection de la biodiversité
     
       Vu l'influence de sa situation privilégiée entre mer et montagnes, vu son rôle de chateau d'eau (Le férion et ses contreforts) et les micro-climats qui en résultent, il est évident que Levens en général et l'Orte en particulier, sont des lieux de grande biodiversité. On y trouve nombre d'espèces, rares ou pas, un patrimoine remarquable qui ne demande qu'à être respecté.
 
     La Métropole Nice Côte d’Azur, au territoire très vaste (dans lequel se situe Levens) posséde un riche territoire en termes de biodiversité et elle déclare vouloir la défendre. Voilà ce qu'on peut lire sur son site  à ce sujet: 
     « NCA a adhéré à la Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) en mai 2011 et s'est engagé a participé à cette protection de la biodiversité au travers des contrats de baie et de rivières pour le milieu aquatique et de son Plan Local Biodiversité (PLB) pour le milieu terrestre. »
     Et de mentionner une série de dix actions, censées lutter contre le "recul de la biologie et de la diversité".
     Et de citer la trame-verte-et-bleue qui « a pour but d'enrayer la perte de biodiversité » en préservant des « continuités écologiques » et qui concerne Nice.
 
     Cependant par ses définitions elle touche les autres communes de la Métropole au travers de leurs PLU. Ainsi y relève t-on la définition de ces fameux  « corridors écologiques ». Ce sont des « connexions entre des réservoirs de biodiversité offrant aux espèces des conditions favorables à leur déplacement et à l’accomplissement de leur cycle de vie. ». Sur la zone de l'Orte le corridor écologique a été défini, ailleurs qu'entre des « réservoirs de biodiversité », il passe là où ne vont plus les espèces.
 
     Zones naturelles, agricoles, continuités écologiques existent bien à Levens. Mais elles ont été posés sur les cartes du PLU indépendamment de ce qui constitue leur spécificité. Elles ne sont tout simplement pas conformes à leurs définitions.
     Il est possible que, pour certaines personnes, les règles nationales et européennes ne signifient rien, pour d'autres par contre, ce que confirment toutes les enquêtes d'opinion, préserver la richesse naturelle est essentiel. Ils savent que les services rendus à la planète par la biodiversité sont inconmensurables.
 
 
La Biodiversité: pour aller plus loin
Une étude, présentée à la conférence de l'ONU en 2008, évalue les sommes perdues chaque année à cause de l'érosion de la biodiversité à des montants qui se situent de 1350 milliards d'euros à 3100 milliards d'euros. 
notre billet:
Au niveau régional
L'ARPE est une agence publique régionale qui a pour mission principale de développer et aider à la prise en compte de l’environnement dans tout projet relatif au territoire de Provence-Alpes-Côte d’Azur pour le compte des pouvoirs publics et des collectivités territoriales. 
Au niveau national

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christine 10/07/2013 21:49


Je ne suis pas étonnée de trouver un tel papillon sur les aristoloches... vous souvenez vous des vers fameux de Rostand:


Mais il est admirable


ce vieux mur, crêté d'herbe, enguirlandé, couvert


ici de vigne rouge, ici de lierre vert,


là de glycines mauves aux longues grappes floches,


et là de chevrefeuilles et là d'aristoloches !


Quelques vers dans un monde de brutes...